Entreprises et santé : Connaissez-vous la courbe de Ferron ?

Tous les HSE connaissent la courbe de Bradley. Cependant, celle-ci n’est pas toujours utilisée de façon pertinente. Je l’ai souvent vue présenté comme une série d’étapes menant à l’excellence en santé et sécurité au travail (SST). En réalité, Bradley nous parle de culture organisationnelle en mettant l’accent sur les comportements individuels et leurs quatre catégories : réactif, dépendant, indépendant et interdépendant. Ce qui pourrait bien sûr à voir un lien avec la performance en SST, mais ce qui est un angle de vue particulier et partiel.

Les critiques de Marc-André Ferron

Marc-André Ferron est un professionnel canadien de la SST. Il émet vis-à-vis de l’approche de Bradley une série de critiques, en pointant plusieurs incohérences, notamment :

  • Une incompatibilité avec les dispositions légales de la SST. L’interdépendance qui est le but ultime prôné par Bradley peut conduire à l’idée que l’employeur peut s’exonérer de ses responsabilités premières.
  • L’origine de la courbe de Bradley est fondée sur les stades de développement des individus. Mais la SST est avant tout une affaire collective.
  • La dimension comportementale de la SST est dans la plupart des législations des pays développés un objectif secondaire qui ne prend son importance que lorsque les dispositions collectives ont été mises en œuvre (cf. les neuf principes généraux de prévention).

Ajoutons à cela que les bases théoriques de la vision de Bradley sont peu assurées et méritent d’être discutées au regard des autres théories du développement de la personnalité.

La proposition de Ferron

Compte tenu de ces remarques, mais conscient que les actions de prévention doivent être organisées et hiérarchisées en étapes successives, M-A Ferron propose une courbe que je n’ai pas le droit de reproduire ici, mais que l’on trouve décrite à : http://www.gestionauthentique.com/notions-de-ferron

Pour lui, les entreprises soucieuses de SST doivent commencer par travailler sur l’environnement de travail, sur les équipements et le matériel. L’objectif premier est d’éliminer les dangers à la source.

Ceci étant fait, elles doivent se doter d’un système de gestion (responsabilités, rôles, règles, normes, procédures opérationnelles…). Et ce n’est qu’alors qu’il est légitime d’agir sur les comportements individuels.

Une chronologie d’efficacité

La courbe de Ferron propose une série d’étapes cohérentes pour obtenir une efficacité maximale de la prévention des risques professionnels. Cette approche a-t-elle les propriétés scientifiques que lui prête son auteur ? Faute de véritables études de validation de ces étapes, il n’est pas possible de l’affirmer.

Mais d’un point de vue pragmatique, il y a sûrement chez Ferron une approche rationnelle qui constitue un guide raisonné pour progresser vers une prévention mobilisant des processus à la fois techniques, organisationnels, sociaux et humains.

Compte tenu de l’importance de l’implication managériale pour une prévention efficace que j’ai déjà soulignée dans plusieurs billets, il serait utile de préciser les rôles des managers dans chacune des étapes. On peut penser que ce rôle est croissant quand on va vers la droite de la courbe. Un point qu’il serait utile de débattre de façon élargie.

Retenons pour terminer que pour Ferron, ce sont les comportements organisationnels qui déterminent les comportements individuels : « Les employés adopteront toujours des comportements reflétant les comportements organisationnels. Le manque de cohérence, de rigueur, de structure, de formation, d’évaluation […] aura toujours des répercussions directes sur les comportements individuels. »

Autrement dit, en matière de danger pour la SST, il n’y a jamais de causes purement individuelles. L’organisation est toujours concernée. Une vérité dont les HSE devraient inlassablement faire la pédagogie.

 

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William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

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