Entreprises et santé : comment mettre en place un programme de prévention ?

Suite de mon précédent échange avec Loic P. me voici à la journée du dos organisée dans son entreprise.

J’explique ce qu’il faut savoir sur les TMS dorsaux (fréquence, coûts, facteurs de risque, évolution, etc.). Et j’en arrive à la partie prévention, qui est un problème complexe.

« Commençons par parler de prévention primaire, celle qui vise à éviter l’apparition des TMS. Il faut pour cela agir sur une série de facteurs. » dis-je.

« Lesquels ? »

« Des facteurs professionnels : port de charges, stress, température, postures, organisation des postes de travail, etc.

Des facteurs personnels : contraintes domestiques, pratique de sport, de bricolage, maladies associées, médicaments, poids, âge et sexe, etc. »

« Mais sur quoi dont-on agir ? Où sont les priorités ? Quels outils de prévention vaut-il mieux mobiliser ? » parmi les nombreuses questions que l’on me pose.

« Remarquons que les différents facteurs de risques relèvent de compétences diverses : médecine, ergonomie, management, hygiène, diététique… Certaines compétences sont présentes en interne, mais pas toutes. »

« Suffit-il d’agir sur un seul facteur ou doit-on forcement prendre en charge l’ensemble des facteurs de risque ? »

« Agir sur un seul facteur, celui que l’on connaît le mieux ou celui pour lequel on a des compétences disponibles, c’est faisable. Mais le bénéfice sera partiel. Agir sur l’ensemble des facteurs de risque, a plus de chance de donner de bons résultats, mais est plus compliqué à mettre en œuvre. Cependant, la notion de programme de santé permet de s’organiser »

Loïc P. intervient alors : « Merci, c’est très clair. Mais justement dans notre cas, nous n’avons pas le savoir-faire pour construire un programme de santé. Alors, comment fait-on ? »

« Cher Monsieur P., est-ce que la gestion de projet vous dit quelque chose ? »

« Bien sûr, c’est la base du management moderne dès qu’il y a des compétences à assembler transversalement. »

« Eh bien, un programme de santé n’est rien d’autre qu’une démarche de gestion de projet appliquée à une problématique de SST. »

Je présente alors le programme de santé comme l’un des projets de l’entreprise.

Cet échange illustre le fait que dès que l’on touche à la santé dans une entreprise, le sujet semble étrange, voire étranger. C’est là que commence une mise à distance qui empêche que la SST soit pleinement intégrée dans le quotidien du travail.

On peut définir un programme de santé comme un ensemble organisé d’actions visant à atteindre des objectifs précis dans une population donnée. L’idée fondamentale est qu’avant d’agir, il faut réfléchir et fixer un cap. On peut penser que c’est du temps perdu, mais en réalité, c’est l’inverse. Il s’agit d’établir une correspondance explicite entre les moyens et les résultats. Alors même que l’employeur est tenu à une obligation de résultat, le septième principe général de prévention énonce qu’il faut : « planifier la prévention dans un ensemble cohérent intégrant la technique, l’organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l’environnement. »

Ce projet bénéficiera d’une démarche logique.

Pour bâtir un programme, il faut se poser quatre questions élémentaires assorties d’une procédure. Ces quatre questions sont :

  1. Quelle est l’importance du problème que l’on veut résoudre ?
  2. Quels sont les facteurs qui ont créé le problème ?
  3. Quels sont les outils d’action possibles et quelle est leur efficacité ?
  4. Quelle est la meilleure stratégie à mettre en œuvre ?

La procédure consiste en un dispositif d’évaluation permettant de savoir si les objectifs ont été atteints et de se mettre dans une logique d’amélioration continue. Ceci suppose que les objectifs soient clairs et mesurables.

En réalité, la seule difficulté est celle de la quatrième question. Elle a déjà été évoquée dans ce précédent billet et nous y reviendrons la semaine prochaine.

 

Vous pouvez échanger et poser vos questions à William Dab et aux équipes Red-On-Line dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux LinkedIn et Twitter : @HSE_Rol et @DabWilliam.

William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

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