Entreprises et santé : la bienveillance contre les risques, une question de confiance

Dans mon billet consacré au rôle des managers pour la prévention des risques, j’ai nommé la bienveillance comme une des attitudes managériales favorables à la santé. Que recouvre cette notion et quels sont ses rapports avec les risques ?

Bienveillance et vigilance

« Disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui » nous dit le Larousse. Le Wiktionnaire renvoie l’étymologie du terme à la notion de « soin attentif, d’attention soigneuse qui fait veiller » ouvrant ainsi un lien entre bienveillance et vigilance.

Fondamentalement, la bienveillance est donc une inclinaison à se tourner vers l’autre, à le comprendre et à le respecter.

Bienveillance managériale

Souvent confondue avec la gentillesse, la bienveillance dans un cadre professionnel est parfois critiquée : « un manager n’a pas à être gentil, il doit être exigeant. »

D’autres voix font entendre que la bienveillance n’exclut pas l’exigence. Elle implique des comportements managériaux qui favorisent l’engagement, la motivation, la qualité de l’ambiance relationnelle et le sens du travail. Il faut pour cela encourager, reconnaître, remercier, dialoguer et parfois dédramatiser. En un mot, discuter sans se disputer et s’assurer de l’adéquation entre les missions et les moyens, sujet évoqué dans mon dernier billet.

Un point important pour la gestion des risques est la distinction entre la faute et l’erreur. Contrairement à notre tradition scolaire, l’erreur devrait être considérée comme un outil pédagogique. Sauf pour quelques génies, c’est souvent en se trompant qu’on apprend. L’erreur est donc au cœur de l’activité de travail. Un manager bienveillant reconnaîtra le droit à l’erreur et l’utilisera dans une perspective d’amélioration continue individuelle et collective.

La faute, elle, est une volonté délibérée d’enfreindre des règles, de ne pas respecter des procédures et de n’en faire qu’à sa tête. Ici, pas de place pour la bienveillance, le manager doit être exigeant et sanctionner.

Un générateur de confiance

En l’absence de bienveillance, un collaborateur qui détecte une anomalie porteuse de risque renoncera à la signaler afin d’éviter une réaction hostile. Ce qui est au départ une simple anomalie peut alors devenir une source de risque majeur.

Si la bienveillance a à faire avec la prévention des risques, c’est dans sa capacité à créer un climat de confiance, de sorte que la prévention soit l’affaire de tous et non seulement des spécialistes. Comme l’indiquent mes collègues Teneau et Lemoine dans leur livre « Toxic handlers, les générateurs de bienveillance en entreprises » (Odile Jacob), les managers bienveillants se reconnaissent en ce qu’ils instillent de la confiance, qu’ils créent du lien. Aucune communauté ne peut fonctionner sans confiance. Outre son lien avec la performance qu’évoquait Louis Gallois dans son rapport sur la compétitivité de l’économie française, la confiance est une condition de la maîtrise des risques. La confiance, ce n’est pas la certitude des agissements des autres. C’est au contraire une acceptation de l’incertitude en s’attachant à respecter les intérêts des uns et des autres. Et fondamentalement, le risque est une incertitude. La confiance est une condition première pour une gestion efficace des risques.

Ainsi, les réformes organisationnelles génèrent toujours des incertitudes. Seul un climat de confiance permet de les réussir, ce que démontre Jean-Paul Bailly dans son livre « Réformez par le dialogue et la confiance » (Descartes & Cie).

Dans leurs procédures de recrutement et d’évaluation, les entreprises feraient bien de faire de la bienveillance un critère de sélection. Certains y pensent comme le relate Marie-Madeleine Sève dans le n° 3607 de l’Usine nouvelle. Cet article présente les évolutions que connaissent les procédures d’évaluation, notamment pour y inclure les qualités humaines comme l’empathie.

Et ne l’oublions pas : la confiance comme le stress est contagieuse.

 

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William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

 

2 commentaires

  1. victor 13 août 2019
  2. William Dab 2 septembre 2019

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