Entreprises et santé – Covid-19 : un accélérateur de la santé au travail ?

Dans mon précédent billet, j’ai évoqué les implications managériales de l’épidémie de Covid-19, notamment avec l’explosion du télétravail. Depuis, un accord national interprofessionnel (ANI) sur la santé au travail a été conclu et une proposition de loi est en cours de débat au parlement. En quoi cette épidémie change-t-elle la façon de concevoir la santé au travail dans les entreprises ?

Si elle ne modifie pas les fondamentaux de la prévention, cette épidémie de par son importance et sa durée a des implications pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Les situations de crise sont toujours des révélateurs et des amplificateurs des forces et des faiblesses des organisations. Bien analysées, elles peuvent servir à renforcer la solidité et la pérennité des entreprises.

 

Quelques points marquants de l’ANI

Sans entrer dans les détails de l’accord dont la traduction législative n’est pas aboutie, certains points méritent d’être relevés.

  • Une demande que les actions de prévention soient insérées dans les process de production avec une santé au travail décloisonnée, poursuivant des objectifs concrets, des actions durables et une culture partagée.
  • Une prévention qui ne repose pas sur des injonctions et qui est guidée par un retour mesuré sur investissement.
  • Un équilibre entre la responsabilité individuelle et la responsabilité organisationnelle.
  • Une logique de branche pour accompagner les TPE, PME et ETI.

 

Qu’est-ce que l’épidémie change ?

Avant tout, il faut réaliser que cette crise induit une forte incertitude individuelle et collective ainsi qu’un sentiment de vulnérabilité d’autant plus marqué que depuis un an, les mesures de privation des libertés ont entravé les liens sociaux extraprofessionnels.

Il s’ensuit une forte demande de protection alors que l’État est pris en défaut dans sa capacité à gérer correctement ce risque épidémique. Dès lors, cela crée une attente vis-à-vis de l’entreprise qui devient une ressource de lien social. Quand l’entreprise protège et rassure, elle suscite un engagement. Cela cimente le collectif et crée une confiance qui est gage de performance. Les entreprises qui ont su mettre en place des mesures de prévention de la contagion en récoltent les résultats y compris en termes d’absence au travail et de dialogue social.

Les entreprises et leur management peuvent refuser ce rôle. La pression de changement était déjà bien assez grande avant l’épidémie : « on ne peut pas en rajouter ». Cette attitude est compréhensible, mais cette contrainte peut aussi être considérée comme une opportunité. Car une entreprise solidaire et bienveillante, cela laissera des traces positives. Beaucoup sont lassés du télétravail précisément parce qu’ils ont besoin de liens humains et que l’entreprise en est une des seules sources actuellement.

 

Quelles implications ?

Je ne peux que répéter que la crise va durer, ce n’est pas juste un mauvais moment qui va s’arranger rapidement. On ne reviendra pas totalement à l’organisation antérieure. Des changements sont irréversibles : le télétravail partiel sera la norme partout où cela est faisable ; la protection de la santé sera un souci permanent.

La confiance doit devenir l’objectif premier du management. Sans elle, le fonctionnement ne peut pas être optimal. C’est pourquoi l’implication des managers en santé au travail est cruciale, des cadres dirigeants aux managers de proximité. Les managers devront concilier l’impératif de production et l’impératif de protection.

Les entreprises doivent renforcer leurs capacités d’évaluation des risques et former d’urgence leurs managers pour qu’ils assument explicitement leur rôle de protection. Pour rassurer et protéger, il faut savoir où sont les sources de danger, leur fréquence, leur gravité et leur niveau de maîtrise. C’est la condition première de la confiance.

 

Plus personne ne peut considérer que la prévention n’est qu’une obligation légale imposée de l’extérieur. Cette crise aura au moins un aspect positif : faire de la santé une variable stratégique pour les entreprises, quelle que soit leur taille.

Ainsi, il se pourrait bien que cette épreuve, en améliorant la façon dont la question des risques sanitaires est prise en compte, permette aux entreprises de se renforcer et de développer leurs capacités de résilience, d’agilité et d’innovation.

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