Entreprises et santé – Covid-19 : quels indicateurs surveiller ?

L’épidémie due au coronavirus est là pour durer. Si après le déconfinement on a pu espérer que la diffusion du virus pourrait être contrôlée et que l’activité économique allait reprendre à peu près normalement, on sait aujourd’hui que ce n’est pas le cas. Dans plusieurs régions françaises, l’épidémie est hors de contrôle.

Dès lors, les entreprises doivent se préparer à une longue période de troubles sanitaires. La plupart d’entre elles ont mis en œuvre des mesures de prévention. Il faut les maintenir même si cela est contraignant. Au-delà, cette situation va demander des adaptations managériales sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain billet. Et il faut aussi mettre en place un suivi vigilant. Quels sont les indicateurs à surveiller ?

 

Indicateurs épidémiques

La première chose à faire est de regarder périodiquement l’évolution de la situation épidémique. Celle-ci est hétérogène. Dans des régions, départements et villes, la situation est relativement calme. Mais il faut réaliser que cela peut changer très vite. La survenue d’un gros foyer contagieux peut suffire à précipiter l’évolution.

La meilleure source de données à consulter est Santé publique France (SPF). Son site Internet fournit chaque semaine un point national et des analyses régionales : https://www.santepubliquefrance.fr/dossiers/coronavirus-covid-19/coronavirus-chiffres-cles-et-evolution-de-la-covid-19-en-france-et-dans-le-monde#block-266156. SPF donne la situation de la semaine, mais également les évolutions temporelles et ceci est très important. Le nombre de reproduction R (nombre moyen de personnes infectées par un cas) est également à surveiller. En France entière, il est actuellement de 1,1, mais cela varie selon les régions avec pour la métropole, un maximum à 1,25 en Nouvelle-Aquitaine et un minimum à 0,86 en Corse.

Il faut aussi prendre connaissance de la carte des clusters en cours d’investigation et noter la proportion de ceux-ci qui proviennent des entreprises (environ 20 % actuellement).

Les départements sont classés selon leur niveau de vulnérabilité, ce qui permet aux entreprises d’adapter leur niveau de communication et de vigilance. Ce travail doit être fait par une cellule de suivi clairement définie.

 

Au sein des entreprises

Dans l’entreprise, la première chose à faire est de réviser le document unique d’évaluation des risques. Le périmètre des unités de travail a pu changer. Le télétravail a pu modifier la fréquence des expositions, etc. S’il est justifié de porter une attention particulière au risque de Covid-19, il ne faut pas oublier les autres sources de danger déjà identifiées.

En ce qui concerne la Covid-19, les unités de travail doivent être analysées du point de vue du risque de transmission et de la gravité de l’impact. La matrice ci-dessous proposée dans un article du New England Journal of Medicine est judicieuse[1].

Mais il n’y a pas que le risque infectieux. La situation, lourde de contraintes et d’incertitudes, est une source de stress, d’inquiétude et d’anxiété. Plusieurs outils sont envisageables selon les compétences et les moyens disponibles. A minima, si un référent Covid a été désigné, ce qui est souhaitable, il est destinataire des questions et des plaintes dont la fréquence reflète même imparfaitement le niveau de préoccupation dans l’entreprise.

On dispose aussi d’échelles validées de suivi de la santé psychologique qui permettent de suivre les évolutions et de signaler des alertes. Le site de l’INRS est une bonne source documentaire.

Pour le stress : http://www.inrs.fr/media.html?refINRS=FRPS%204.

Pour l’anxiété et la dépression : http://www.inrs.fr/media.html?refINRS=FRPS%2012.

En lien avec le service de santé au travail, pour respecter le secret médical, un recensement du nombre de cas (tests positifs) est à mettre en place. Une liste des principaux symptômes évocateurs de la Covid peut y aider. Cela sert pour la surveillance épidémiologique, au management de l’isolement et aussi à la gestion des contacts des cas positifs.

On peut aussi réaliser des enquêtes périodiques simples pour savoir qui se sent exclu, fatigué, inquiet, surchargé, etc. avec une échelle basique variant de 0 (pas du tout) à 4 (beaucoup).

Une surveillance continue de l’absence au travail pour raison de santé peut être utile pour repérer les entités en difficulté et anticiper les problèmes de production. L’indicateur à privilégier est la proportion d’employés absents un jour ou une semaine donnée. Cet indicateur peut être mis en relation avec la carte des départements vulnérables. S’il est plus élevé dans ces départements, cela peut alerter sur un possible foyer dans l’entreprise (3 contaminations sur 7 jours selon la définition officielle).

Évidemment, cela n’est envisageable que dans les entreprises d’une certaine taille. L’absence est un phénomène difficile à analyser dans des entités dont la taille est inférieure à 100 employés.

Enfin, il ne faut pas oublier de surveiller l’état des stocks de masques et autres EPI, gel hydroalcoolique, produits de nettoyage, etc.

L’ensemble des recommandations pour les entreprises vient d’être actualisé : https://travail-emploi.gouv.fr/le-ministere-en-action/coronavirus-covid-19/proteger-les-travailleurs-les-emplois-les-savoir-faire-et-les-competences/proteger-les-travailleurs/article/covid-19-conseils-et-bonnes-pratiques-au-travail


Ces différents aspects des indicateurs à mettre en place seront discutés au cours d’un live chat organisé par Red-on-line le mardi 20 octobre à 11h.


[1] Larochelle MR. “Is It Safe for Me to Go to Work?” Risk Stratification for Workers during the Covid-19 Pandemic. NEJM, mis en ligje le 3 juin 2020. Accès gratuity.

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