Entreprises et santé – Comment faire du télétravail un outil d’amélioration de la QVT ?

Au cours du mois de mars 2020, en raison de l’épidémie de Covid-19, environ la moitié de l’humanité a été confinée plus ou moins totalement et le plus souvent à domicile. Il s’en est suivi une explosion du télétravail. Il est vraisemblable qu’on ne reviendra pas complètement en arrière et que cette forme de travail va prendre une importance de plus en plus grande dans la vie des entreprises et des organisations.

Quelles implications cela a-t-il pour la santé et la sécurité des travailleurs (SST) et pour la qualité de vie au travail ? Et comment les employeurs devraient-ils réfléchir cette évolution en termes organisationnels ?

Des avantages et des inconvénients bien identifiés

Trois éléments sont à prendre en considération dans l’analyse des risques du télétravail :

  1. l’environnement de travail,
  2. le poste de travail,
  3. l’organisation du travail.

En ce qui concerne l’environnement de travail, il y a des facteurs favorables pour la SST : un temps de transport réduit (ce qui a aussi des avantages environnementaux), une souplesse dans la vie quotidienne et moins de temps perdu dans des réunions pas toujours productives. Mais il y a aussi des aspects moins favorables, notamment si le logement est petit, bruyant, mal ventilé avec une température trop élevée ou trop basse. La réduction de l’activité physique, le grignotage sont d’autres facteurs défavorables. Doivent également être pris en compte les éventuels polluants physiques, chimiques et biologiques qui peuvent exister au domicile comme sur les lieux de travail. De même que les accidents de travail (chutes, blessures…) si le logement est mal adapté.

En ce qui concerne le poste de travail, plusieurs risques peuvent être liés au fait qu’il n’a pas été pensé pour une activité professionnelle : risque électrique, risque ergonomique (TMS), risque incendie.

En termes organisationnels, plusieurs facteurs interviennent. Si le télétravail peut être favorable à la conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle, l’inverse est aussi possible avec un envahissement de la sphère privée par le travail. Il en est de même pour les risques psychosociaux, en particulier le stress qui peut être accru s’il faut garder les enfants en même temps que l’on travaille. L’isolement professionnel a aussi cette double face : il peut faciliter la concentration et la productivité, mais en dégradant le collectif de travail, il peut induire une perte de motivation, un manque de stimulation et donc une moindre performance.

D’autres aspects sont à considérer : la sécurité informatique, les réseaux domestiques étant moins sécurisés que les réseaux des entreprises. La confidentialité des données si l’ordinateur est partagé dans le foyer.

On peut penser que, le basculement en mode télétravail ayant été brutal en raison de l’épidémie et donc peu préparé, cela a plutôt accru les inconvénients. D’un autre côté, une durée de télétravail limitée à quelques semaines correspond à une durée d’exposition brève, ce qui a réduit les risques.

Comment optimiser le télétravail en termes de risques ?

En toute logique, l’activité de télétravail doit donner lieu à une mise à jour du document unique d’évaluation des risques. Ainsi, les expositions aux risques physiques, chimiques, biologiques et psychosociaux doivent être cotées en fréquence, gravité et degré de maîtrise.

Cela est indispensable, mais n’est pas suffisant. Car le télétravail a des implications managériales. C’est la notion même d’encadrement qui doit être réfléchie dans ce nouveau contexte. Trop éloigné, il laisse les employés livrés à eux-mêmes, sans instructions précises avec une possibilité de perte de repères et de motivation. Trop tatillon, il devient exaspérant, inutilement stressant et intrusif. La confiance est ici centrale. Il y a un équilibre à trouver entre l’hyper contrôle et l’éloignement. Une logique de résultats est préférable à une logique de moyens qui se conterait de vérifier que les horaires de travail sont respectés. Des étapes devraient être définies de façon concertée avec des points réguliers organisés avec des ordres du jour précis. Dès lors, il est inutile voire contre-productif que le management exerce un contrôle obsessionnel du temps passé devant l’écran.

Les questions à se poser

Pour que le télétravail soit productif et bien vécu, plusieurs points devraient être vérifiés avant et pendant cette activité.

Avant la mise en place de cette modalité :

  • L’équipement informatique est-il bien adapté avec les logiciels nécessaires ? Les ressources numériques internes (messagerie, ressources documentaires, agendas partagés, etc.) peuvent-elles être accessibles en toute sécurité ? La connexion Internet a-t-elle les capacités suffisantes pour une communication à distance fluide ?
  • Une check-list des risques physiques, chimiques, biologiques et psychosociaux au domicile est-elle remplie ? En particulier, les situations de canicule sont-elles envisagées ?
  • Les contraintes du logement sont-elles identifiées ? Un poste de travail respectant les règles ergonomiques est-il disponible ?
  • Des recommandations d’hygiène de vie (sommeil, alimentation, activité physique, …) sont-elles fournies ?

Pendant le télétravail :

  • Un questionnaire hebdomadaire sur le vécu du télétravail, sa faisabilité au quotidien et les difficultés rencontrées devrait être proposé incluant une appréciation de la charge de travail effective (ni trop ni trop peu).
  • Les téléréunions doivent être programmées en bilatéral et avec les collègues concernés en concertant sur les horaires les plus favorables et en fournissant des ordres du jour précis.
  • Un échéancier de résultats à fournir est-il proposé ?
  • La possibilité pour les employés de déclarer leurs difficultés et problèmes est-elle organisée ?
  • La manager n + 1 est-il accessible en cas de besoin et selon quelles modalités ?

Ainsi, le télétravail n’est pas le travail habituel avec simplement une modalité différente. Pour qu’il soit fructueux et que les avantages l’emportent sur les inconvénients, il doit être organisé et suivi avec des procédures différentes de celles qui sont habituellement utilisées. C’est à cette condition que le télétravail peut effectivement contribuer à une amélioration de la qualité de vie au travail.

Une analyse des risques du télétravail a été publiée avec mon équipe : https://oem.bmj.com/content/77/7/509

 

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William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

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