COVID-19 – Retour au travail : ne pas oublier les risques psychosociaux

La journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail est célébrée chaque année le 28 avril. L’Agence européenne pour la santé et la sécurité au travail (AESST) insiste cette année sur le rôle des entreprises pour stopper l’épidémie de Covid-19.

La santé mentale à prendre en compte

Nous ne reviendrons pas ici sur les différentes mesures de prévention à organiser pour le retour au travail qui va progressivement se mettre en place. Elles sont discutées sur notre forum d’experts.

Outre la nécessité de maîtriser le risque infectieux, les entreprises devraient également prendre en compte les risques pour la santé mentale directs ou indirects induits par cette épidémie. Ceux-ci revêtent de nombreux aspects :

  • De façon générale, la situation créée par le SARS-COV2 est anxiogène. Les formes graves de la maladie concernent environ 5 % des malades symptomatiques. La contagiosité du virus est telle que cela a provoqué de fortes tensions sur le système de soins. C’est ce qui a conduit de nombreux gouvernements à imposer un confinement. Or, la fin du confinement n’est pas la fin de l’épidémie. Par conséquent, la peur de la maladie est toujours là.
  • Le confinement a en outre provoqué de nombreuses répercussions sur la santé mentale : anxiété, dépression, perte des relations sociales, tensions, voire violences intrafamiliales et syndrome de stress post-traumatique.
  • Le télétravail a pu avoir des effets positifs, mais aussi des effets défavorables. Son développement brutal et parfois non préparé a pu poser des problèmes ergonomiques, mais aussi du stress surtout quand il a fallu concilier le télétravail et l’école à la maison.
  • La réduction de l’activité physique produit des risques somatiques, mais aussi psychologiques surtout quand elle s’est accompagnée d’une augmentation de la consommation d’alcool.
  • La gravité des répercussions économiques de la pandémie fait peser des menaces sur l’emploi et le niveau des revenus, un motif majeur d’inquiétude pour l’avenir. Il peut y avoir ici des facteurs favorisant les actes suicidaires.

Quelles implications pour les entreprises ?

Cette situation devrait conduire les entreprises à prévoir dans les processus de reprise de l’activité un volet psychologique en complément du risque infectieux.

  • L’adoption de mesures de prévention complètes et bien expliquées est indispensable pour rassurer les employés qui vont reprendre le travail. Les spécialistes HSE ont ici un rôle majeur. L’évaluation des risques doit obligatoirement être actualisée dans ce nouveau contexte.
  • Ces mesures doivent inclure les risques d’exposition dans les transports en commun.
  • Les managers vont avoir un rôle important à jouer, pour expliquer et faire appliquer les mesures d’hygiène, pour créer un climat émotionnel propice à la cohésion des équipes, pour rassurer et pour détecter les collègues en souffrance.
  • Le médecin du travail doit alors être sollicité pour intervenir.
  • Un dispositif de recueil des plaintes et des inquiétudes est à envisager, de préférence en impliquant le médecin du travail ou l’infirmière. Ce dispositif doit être maintenu dans le temps et fonctionner comme un système d’alerte.
  • Une communication transparente est indispensable, notamment si des employés débutent des symptômes du Covid en milieu de travail.
  • Si les tests biologiques sont disponibles, leur déploiement doit être pensé de façon à rassurer et non l’inverse.

Créer de la confiance

Le retour au travail n’est envisageable que si les employés ont confiance dans le fait que leur santé sera protégée. Si ce n’est pas le cas, malgré l’envie pour beaucoup de se déconfiner, il y aura une vague d’absentéisme qui compromettra la reprise de l’activité. Dans l’indispensable dialogue social qu’il faut activer, la dimension psychologique de cette situation a une importance aussi grande que la gestion du risque infectieux et elle doit être incluse comme lui dans la mise à jour du document unique.

 

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William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

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