Entreprises et santé – Les spécificité de la santé des femmes au travail à ne pas oublier

L’épidémie créée par le coronavirus, pour inquiétante qu’elle soit, ne doit pas masquer d’autres problèmes importants, notamment pour la santé au travail. La célébration de la journée internationale des droits de la femme le 8 mars nous offre l’occasion de rappeler les particularités de la santé des femmes au travail.

Une dimension négligée

Dans la plupart des entreprises, les procédures d’évaluation ne prennent pas en compte les différences entre les sexes. La population des employés au sein des unités de travail est considérée comme homogène de ce point de vue. Or, ce n’est évidemment pas le cas. Il existe des différences biologiques qui devraient être prises en compte, à commencer par les questions de fertilité et de grossesse.

De manière analogue, la grande majorité des études scientifiques sur les risques professionnels concernent les hommes. Il est vrai qu’historiquement, les grands problèmes de santé au travail les touchaient plus particulièrement (silicose, pneumoconiose, amiante, saturnisme, etc.). Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui et les spécificités des risques féminins sont peu étudiées comme le rappelle l’Agence européenne pour la santé et la sécurité au travail.

De son côté, le ministère du Travail insiste sur les questions salariales, qui sont certainement importantes, mais ne dit rien sur les risques sanitaires spécifiques.

Quelles spécificités ?

Plusieurs différences entre les femmes et les hommes sont à considérer :

  • Les femmes ont en général une charge de travail domestique plus lourde que celle des hommes.
  • Les femmes sont sous-représentées à mesure que l’on monte dans la hiérarchie des entreprises.
  • Les femmes ont en général moins de force musculaire que les hommes.
  • Les périodes menstruelles s’accompagnent fréquemment de fatigue, de douleurs abdominales et de nausées, tout facteur pouvant altérer la vigilance.
  • La grossesse est une période particulièrement vulnérable.
  • Les femmes sont particulièrement exposées au harcèlement moral et sexuel.

Si on manque de données globales sur tous ces aspects, on peut tout de même souligner que les données disponibles publiées par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France montrent que les risques psychosociaux sont deux fois plus fréquents chez les femmes que chez les hommes.

Que faire ?

De nombreuses pistes d’actions existent pour tenir compte des particularités du travail au féminin. Pour que celles-ci soient envisagées, il faut bien sûr que cette dimension soit présente dans l’évaluation des risques professionnels.

Il serait, la plupart du temps, justifié que les programmes de prévention comportent un volet spécifique aux femmes. Il serait alors possible de discuter une adaptation des conditions et des horaires de travail.

Par ailleurs, il y a des emplois à forte dominance féminine qui pourraient recevoir plus d’attention : métiers du soin, coiffeuses et travailleuses dans les ongleries, entretien ménager, blanchisseuses, centres d’appel, etc. Ces emplois sont souvent dans des TPE et ils sont négligés en termes de risque.

Peut-être serait-il judicieux d’instituer une journée de la santé des femmes au travail ?

 

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William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

 

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