Entreprises et santé : Cancers et expositions professionnelles

La Journée Mondiale du Cancer nous offre l’occasion de souligner quelques enjeux relatifs à la contribution des expositions professionnelles au fardeau global de cette maladie.

En apparence, une faible contribution

Une première source de données est constituée par les déclarations des maladies professionnelles. Celles-ci indiquent que seule une petite fraction des cancers seraient d’origine professionnelle. Cette source ne reflète pas la réalité épidémiologique pour deux raisons.

La première est que la procédure de déclaration d’une maladie professionnelle est lourde et longue. Elle doit être initiée par le malade qui a bien d’autres soucis à gérer en étant accompagné par son médecin qui le plus souvent ignore comment faire. Par conséquent, la plupart des cancers imputables aux expositions professionnelles ne sont pas déclarés.

Une maladie plurifactorielle

La seconde raison est que le cancer résulte en général de l’accumulation de plusieurs facteurs, génétiques, environnementaux ou comportementaux. Comment alors faire la part des choses ?

C’est le grand défaut de la procédure de reconnaissance des maladies professionnelles. Soit l’exposition professionnelle est considérée comme la seule cause de la maladie et alors, l’indemnisation est possible. Soit elle ne l’est pas et la reconnaissance est refusée. Autrement dit, le système est binaire : c’est 0 ou 100 %. Mais la réalité n’est pas celle-là.

Une réalité plus préoccupante

L’épidémiologie permet aujourd’hui d’estimer pour le risque de cancer la part attribuable des expositions professionnelles. Santé Publique France a ainsi estimé qu’environ 25.000 cas par an sont attribuables aux expositions professionnelles en France, soit dix fois plus que le nombre reconnu par la sécurité sociale.

Par ailleurs, comme je l’ai analysé dans mon livre La santé et le travail, les expositions professionnelles aux substances cancérigènes expliquent en grande partie la surmortalité par cancers des hommes d’âge moyen en France par comparaison à nos voisins proches.

Ainsi, le poids des expositions professionnelles est certes bien moindre que celui du tabac ou de l’alcool. Pour autant, il n’est pas négligeable.

Quelles implications ?

Cette situation n’est pas facile pour les entreprises, car actuellement le risque de cancer dû aux expositions professionnelles est en quelque sorte invisible. C’est un risque différé qui se révèle des années après l’exposition et le rôle des facteurs professionnels est dilué parmi tous les autres.

Cela n’incite pas à être très rigoureux sur l’application de la réglementation des produits CMR. Mais ce jeu est dangereux. Avec les grandes études de cohortes qui sont en cours, avec la mise en place du SNDS, les données qui permettront de rendre plus visible le risque cancérigène seront prochainement disponibles.

Les entreprises ont intérêt à s’y préparer, et pour commencer, à assurer une parfaite traçabilité des expositions aux substances cancérigènes.

 

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William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

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