Entreprises et santé : après Lubrizol, quels risques pour les pompiers ?

Des inquiétudes se font jour au sujet de la santé des quelque 900 pompiers qui ont lutté sur le site de Lubrizol. Elles sont légitimes et voici pourquoi.

Des doutes depuis 2007

En 2007, le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC, une agence qui dépend de l’OMS) a publié une monographie qui classe la profession de pompiers comme « probablement cancérigène ». Ce qui signifie qu’il existe des arguments épidémiologiques en faveur d’un risque de cancer plus élevé chez les pompiers, mais que ceux-ci ne sont pas suffisamment probants pour conclure à une causalité certaine.

De fait, si les fumées d’incendie contiennent des cancérigènes avérés, comme les particules fines, les HAP et d’autres substances toxiques, notamment pour l’appareil cardio-respiratoire, comme les oxydes d’azote et le monoxyde de carbone, les études épidémiologiques se heurtent à plusieurs obstacles qui ne leur permettent pas d’être formellement concluantes. En particulier, les niveaux d’exposition sont difficiles à reconstituer et les risques observés dans ces études, quoique significativement élevés, sont relativement faibles, ce qui laisse place à des possibilités de biais. De plus, peu d’études ont permis d’évaluer les risques sur le long terme, faute d’un suivi médical organisé après la cessation d’activité.

Où en est-on aujourd’hui ?

Plusieurs synthèses des connaissances relatives aux risques encourus par les pompiers ont été récemment publiées. Elles concluent de façon cohérente : on observe des risques significativement élevés, mais la causalité avec les fumées d’incendie et d’autres facteurs comme la pénibilité et les facteurs psychosociaux ne peut pas être affirmée de façon certaine.

Ainsi, l’Anses vient de publier un rapport sur la question. De même que l’Institut de Recherche en Santé et Sécurité du Travail du Québec (IRSST). Un article récent analysant les publications disponibles pointe plusieurs sites de cancer à risque élevé chez les pompiers : colon, rectum, prostate, testicules, vessie, thyroïde, plèvre, peau et sang. De même, une étude d’évaluation des risques conclut à des risques élevés de cancers et de maladies cardio-vasculaires.

Quelles implications pour la prévention ?

Ces différents travaux, même s’ils ne sont pas entièrement concluants, suffisent à recommander un renforcement des mesures de prévention chez les soldats du feu.

D’une part, en prévention primaire en étant rigoureux sur l’utilisation des équipements de protection, mais aussi en faisant évoluer les modes d’action face au feu. Ainsi, un travail récent réalisé au Cnam a permis de montrer qu’une nouvelle approche dite d’attaque d’atténuation permettrait de réduire les risques.

D’autre part, en prévention secondaire, en renforçant le suivi médical et épidémiologique des pompiers exposés.

L’honneur des pompiers est de prendre des risques pour sauver des vies. Ce n’est pas une raison pour qu’ils soient exposés à des risques évitables.

 

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William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

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