Entreprises et santé : SST et RSE, même combat ?

Traditionnellement, la santé et la sécurité au travail (SST) concerne l’intérieur de l’entreprise, tandis que la responsabilité sociale (RSE) est tournée vers l’extérieur. Le palmarès publié dans le n° 3612 du 23 mai dernier de l’Usine nouvelle montre qu’en réalité une telle distinction n’est guère pertinente.

Prix de l’initiative RH

Le prix a été attribué à Faiveley, un équipementier ferroviaire à Amiens. Cette entreprise de 420 salariés a spectaculairement amélioré son risque d’accident : 11 accidents avec arrêt de travail en 2014 contre 1 en 2018 avec un recours aux premiers soins diminué par trois sur la même période.
Rien d’exceptionnel dans la démarche de prévention mise en œuvre. Les actions ont classiquement concerné les sphères :

  • Techniques, avec des investissements en équipement pour éviter les ports de charges lourdes ;
  • Humaines, avec des actions de formation, notamment pour les nouveaux embauchés (ce qui rappelle mon précédent billet) ;
  • Organisationnelles, avec une implication du management : visite quotidienne de sécurité, déclaration et analyse des presque accidents, journée sécurité.

Le patron du site explique que cette démarche relève à son sens de la RSE.

Trophée RSE

Ce trophée a distingué Alban Muller qui fabrique des ingrédients végétaux pour la cosmétique près de Chartres avec une volonté marquée de qualité et de réduction des impacts environnementaux (ni pesticides ni engrais chimiques). Recyclage complet des déchets végétaux, diminution d’un tiers de la consommation d’eau en six ans, création d’un jardin de la biodiversité complètent le dispositif.
De la RSE à l’état pur donc, sauf que cette stratégie a son pendant en SST avec des briefings quotidiens, une analyse systématique des risques, des actions ergonomiques, des actions techniques pour limiter l’exposition aux poussières et aux solvants et une réaction immédiate en cas d’incident.
S’ajoute à ceci, des actions de qualité de vie au travail (QVT) avec des dispositions pour s’adapter aux contraintes familiales, des repos en cas de vol long-courrier et un baromètre sur le bien-être ressenti.

Interne / externe : un lien évident

Ces deux démarches exemplaires illustrent bien le fait que les frontières de l’entreprise ne sont pas et ne doivent pas être poreuses. Une entreprise qui a de mauvais résultats en SST ne sera pas crédible dans sa démarche de RSE. Et ses employés s’estimeront à juste titre sacrifiés sur l’autel de la réputation.
Inversement, une entreprise très investie en prévention des risques pour la SST, mais peu active en RSE (« c’est une mode » ou « ce n’est pas la raison d’être d’une entreprise ») se privera d’un atout pourtant à sa portée.
Même si ce sont des entités distinctes qui gèrent les deux dossiers, le chef d’entreprise a tout intérêt à veiller à leur bonne articulation. Car, en réalité, sous couvert de SST, de RSE ou de QVT, ce qui se joue, c’est la place de l’Homme dans un processus de production.
Aucune entreprise solide ne peut négliger cette dimension.

 

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William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

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