Entreprises et santé : pourquoi les jeunes travailleurs sont à risque élevé d’accident ?

Il est bien connu : la fréquence des accidents de travail est plus élevée chez les jeunes travailleurs. Cela ressort de la plupart des données statistiques françaises et étrangères. Les explications habituellement avancées sont d’une part, le manque d’expérience et d’autre part, l’insouciance des jeunes face aux risques.

Un travail de synthèse de chercheurs canadiens permet d’éclairer cette question de façon plus étayée.

Plusieurs causes se conjuguent

L’inexpérience est assurément un facteur important. Elle ne touche pas d’ailleurs les jeunes spécifiquement. Ce sont tous les travailleurs prenant un nouveau poste qui vont la vivre et avec elle s’associe une série de facteurs qui, pris tous ensemble, forment une vulnérabilité accrue :

  • les tâches sont peu connues, tout est à découvrir dans un temps court
  • les sources de dangers sont incomplètement anticipées
  • les pièges sont cachés et non décelés
  • les événements inattendus créent une surprise totale
  • les automatismes ne sont pas acquis
  • les mesures de prévention sont moins maîtrisées…

Ces facteurs découlent logiquement de la représentation que l’on a de la relation entre un jeune travailleur et un poste de travail.

Mais que disent les études disponibles ?

Une intéressante hypothèse

Les chercheurs canadiens sont partis d’une hypothèse : si les facteurs énumérés ci-dessus sont réels, alors les accidents avec blessures devraient être plus fréquents chez les jeunes que les accidents musculo-squelettiques qui résultent d’exposition prolongée à différents facteurs physiques et organisationnels.

Partant, les chercheurs ont réalisé une synthèse des études sur la question. Ils ont ainsi identifié 128 articles présentant des résultats d’études de bonne ou moyenne qualité méthodologique.

Les résultats sont en accord avec l’hypothèse des chercheurs. Les jeunes travailleurs sont à risque élevé d’accidents avec blessure, mais les études ne montrent pas qu’ils le sont pour les accidents musculo-squelettiques.

Quelles implications ?

Trois éléments méritent d’être tirés de ce constat objectif. D’abord, ce travail montre qu’il vaut mieux fonder ses jugements sur l’ensemble des études scientifiques disponibles plutôt que sur une seule étude.

Ensuite, il faut systématiquement analyser sur le terrain les causes des accidents des jeunes avant de conclure à leur insouciance. Si insouciance il y avait, il revient à l’organisation et à l’encadrement d’y remédier.

Enfin, puisque la période initiale d’un emploi est à risque élevé d’accident, les entreprises devraient y réfléchir avant d’augmenter le turn-over ou de recourir à l’intérim. Cela peut faire faire des économies à court terme, mais au total ces pratiques pourraient être plus coûteuses que bénéfiques.

 

Le travail des chercheurs canadiens est publié dans : Breslin FC et al. Are new workers at elevated risk for work injury? A systematic review. Occup Envir Med 2019;0:1-8.

 

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William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

2 commentaires

  1. agnès 2 juillet 2019
  2. Dab 5 juillet 2019

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