Entreprises et santé – Le baromètre européen de la santé et sécurité au travail

L’agence européenne de la santé au travail vient de publier une base de données qui mérite d’être signalée et surtout utilisée. Intitulée baromètre de la santé et sécurité au travail (SST), l’OSH barometer permet de visualiser toutes les informations disponibles sur la SST dans les pays membres de l’Union européenne. Sont ainsi rassemblées dans une base unique toutes les données des enquêtes européennes.

Du point de vue des entreprises, l’usage qui peut en être fait est double : identifier des variables utiles pour construire un tableau de bord ; fournir des éléments de comparaisons chronologiques et internationales.

 

Variables utiles pour un tableau de bord

Le baromètre rassemble quatre groupes de données pour chacun des pays :

  • Sur les autorités en charge de la SST.
  • Sur les politiques publiques.
  • Sur la structure du marché du travail.
  • Sur les conditions de travail et la SST.

C’est ce dernier item qui est riche d’enseignements.
Parmi les questions renseignées dans ce baromètre, voici celles qui ont un intérêt particulier pour les entreprises :

  • Êtes-vous satisfait de vos conditions de travail (réponse oui pour 79 % en France).
  • Avez-vous travaillé alors que vous étiez malade au cours de l’année écoulée ? (réponse oui pour 62 % en France).
  • Êtes-vous bien informé des risques SST de votre travail ?
  • Votre travail comporte-t-il une forte pression temporelle ?
  • Coopération, justice et confiance existent-elles dans votre travail ?
  • Craignez-vous de perdre votre emploi dans les six prochains mois ?
  • Avez-vous des difficultés avec les clients ?
  • Avez-vous ressenti une discrimination au travail au cours de l’année écoulée ?
  • Êtes-vous exposé à des facteurs physiques (vibrations, bruit, chaleur) ?
  • Êtes-vous exposé à des fumées ou des poussières ?
  • Êtes-vous exposé à des agents chimiques ?
  • Êtes-vous exposé à des agents infectieux ?

Ces questions permettent ainsi de cerner le vécu des conditions de travail, les expositions et les risques psychosociaux. Bien que les réponses soient qualitatives (en oui ou non, le plus souvent) plutôt que quantitatives, l’ensemble est intéressant, car les résultats sont donc disponibles pour tous les pays membres de l’Union européenne. Cependant, comparaison n’est pas forcément raison.

 

Intérêts des comparaisons

Certains de ces indicateurs sont recueillis régulièrement depuis plus de dix ans.
Cela permet des comparaisons de deux natures.

  • Pour un même pays, les tendances sont évolutives. Par exemple, on voit que sur une base 100 en 2010, le nombre d’accidents du travail en France est à 130,2 en 2018. Ces comparaisons sont fiables parce que la méthode de recueil des données est restée stable dans le temps.
  • D’un pays à l’autre : ainsi, pour les 27 pays membres, l’indicateur ci-dessus est passé de 100 à 93,9 en 2018. Cependant, il est difficile d’en tirer des conclusions. On compare ainsi des pays qui n’ont pas la même structure démographique ni le même profil économique. Dès lors, il est difficile de savoir si les différences observées reflètent des niveaux de risques différents ou d’autres variables comme la proportion de chômeurs.

Ces observations sont valables pour une entreprise : autant une comparaison temporelle dans une même entité fournit des tendances porteuses d’informations utiles, autant il faut se méfier d’une interprétation hâtive des comparaisons d’une entreprise à l’autre. Les chefs d’entreprise ont un réflexe naturel de vouloir se comparer à d’autres pour savoir s’ils sont meilleurs ou pires. C’est logique, mais encore faut-il que l’on compare ce qui est comparable. Les conditions sont rarement réunies pour qu’une telle comparaison soit valable. En revanche, au sein d’une même entreprise multisites, de telles comparaisons sont faisables si l’on prend soin de tenir compte des différences démographiques (âge et sexe).

Ainsi, ce baromètre a un triple intérêt :

  • d’abord, il fournit des informations utiles pour connaître la situation de la SST dans les pays européens ;
  • ensuite, c’est un modèle qui peut servir à élaborer ou enrichir des baromètres d’entreprise ;
  • enfin, il illustre ce qui est faisable ou déconseillé en termes de comparaisons.

 

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William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.