Entreprises et santé : arrêtons de faire semblant !

Récemment, en me rendant à un colloque en région, j’ai vu un poster signé des principaux acteurs institutionnels œuvrant en santé au travail. Ce poster présentait les compétences attendues du salarié désigné compétent en santé et en sécurité au travail.

Des missions ambitieuses

En effet, l’article L.4644-1 du Code du travail impose à tout employeur de désigner au moins un salarié « compétent pour s’occuper des activités de protection et de prévention des risques professionnels de l’entreprise ». Sur ce poster, les missions dévolues à ce salarié sont les suivantes :

  1. Réaliser des diagnostics.
  2. Accueillir les nouveaux embauchés.
  3. Évaluer les risques professionnels.
  4. Analyser les accidents du travail.
  5. Participer à l’élaboration et suivre le plan d’actions.

On peut trouver sur Internet d’autres documents qui décrivent ces missions de façon analogue.

Trois jours de formation !

Quand l’entreprise dispose de spécialistes en hygiène, sécurité, environnement, ces missions peuvent être correctement assumées, car elles sont au cœur de la plupart des formations de niveau bac + 3 et bac + 5 dans ce domaine.

« Mais quand l’entreprise n’en dispose pas ? » ai-je demandé à un des participants au colloque.

« Dans ce cas, le salarié désigné peut se former. Il existe plusieurs formations qui leur sont destinées ».

Je demande : « Combien de temps durent-elles ? »

Réponse : « En général trois jours ».

Une information qu’il est facile de vérifier.

Vœux pieux ou illusion coupable ?

C’est le drame de la santé au travail : on fait semblant de faire. On fait croire que l’on peut acquérir en trois jours des compétences qui en réalité relèvent au minimum d’un niveau bac + 3 comme l’indique le répertoire de certification des compétences professionnelles, la licence professionnelle dont j’ai la responsabilité étant décrite ici.

Cette situation est révélatrice d’un mal français : considérer que pour résoudre un problème, un article de loi ou un texte réglementaire suffisent. Déclarations des droits de toute sorte, énoncés de principes généraux comme le principe de précaution, obligations générales comme l’obligation de sécurité de résultats, etc. De tels dispositifs non accompagnés de procédures opérationnelles permettant d’assurer l’adéquation entre les objectifs et les moyens sont au mieux des vœux pieux et au pire des illusions coupables qui font croire qu’un problème est résolu alors qu’il n’en est rien.

Il est très inquiétant que l’ensemble des acteurs régionaux en santé au travail puisse cautionner un tel décalage entre les besoins et les moyens en accréditant l’idée qu’on devient préventeur en trois jours. Leur bonne foi et leurs compétences ne sont pas en cause. C’est véritablement une question culturelle qui fait que nous accordons plus d’importance aux principes qu’à leur mise en œuvre.

Au risque de me répéter, la bataille de la prévention ne se gagne pas dans les textes, mais sur le terrain. Mais ce ne sont pas des salariés formés en trois jours et qu’on prétend « compétents » qui peuvent permettre de vaincre les risques et de protéger correctement la santé des employés !

 

Vous pouvez échanger et poser vos questions à William Dab et aux équipes Red-On-Line dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux LinkedIn et Twitter : @HSE_Rol et @DabWilliam.

 

William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

 

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