Entreprises et santé : Attention au Blue Monday !

Même si le « blue Monday » est une invention de publicistes, comme nous l’apprend Le Monde, ce jour soi-disant le plus déprimant de l’année incite à réfléchir aux relations entre la santé mentale et le travail.

Une proposition pseudo-scientifique

Pour arriver à la conclusion que le troisième lundi de janvier était le jour le plus sombre de l’année, un cabinet de marketing a imaginé une équation comportant des variables comme la météo, l’endettement, le deuil de la période des fêtes de fin d’année, le niveau de motivation et le besoin d’agir. Le cabinet s’est arrangé pour obtenir une caution académique.

En fait, de besoin d’agir, bien difficile à quantifier, comme les autres variables d’ailleurs, il s’agissait d’inciter à partir en voyage. Le slogan était promu par un voyagiste.

On remarque que la vie au travail ne rentre pas en considération dans ce soi-disant diagnostic émotionnel. Et c’est une grande erreur.

La double face du travail

« Le travail est bon pour la santé mentale, mais des conditions négatives peuvent entraîner des problèmes de santé au niveau physique ou mental. » Cette affirmation de l’OMS rejoint mon dernier billet. « La dépression et l’anxiété ont un impact économique important : on estime à 1000 milliards de dollars (US) par an le coût de la perte de productivité qu’elles entraînent pour l’économie mondiale », poursuit l’OMS.

Les facteurs professionnels qui peuvent altérer la santé mentale sont bien connus. Leur importance varie évidemment selon les personnes. On pense bien sûr au harcèlement et aux brimades, mais aussi à la charge de travail, au manque de reconnaissance du travail bien fait, à la discordance entre les missions attribuées et les moyens disponibles et les compétences pour les réaliser. D’autres facteurs sont protecteurs : la bienveillance, l’explication du sens des missions, la capacité d’écoute, les liens de solidarité. Tous ces facteurs sont de nature organisationnelle.

De façon intéressante, l’OMS souligne comme je l’ai fait dans mon précédent billet, que le chômage est un facteur de risque pour les problèmes de santé mentale alors que le retour au travail ou l’obtention d’un emploi sont des facteurs de protection. Un constat partagé par l’OIT.

Quelles solutions ?

Il existe de nombreuses mesures efficaces pour améliorer la santé mentale dans le milieu du travail et nombre de ces actions seront également bénéfiques pour la productivité. L’OMS a calculé que chaque dollar investi dans la prise en charge des troubles mentaux courants se traduit par des gains de 4 $ US en matière de santé et de productivité.

  • La prévention primaire consiste à réduire les facteurs de risque liés au travail, en veillant notamment à la qualité organisationnelle.
  • La prévention secondaire vise à repérer précocement les troubles mentaux pour en réduire la gravité.
  • La prévention tertiaire permet de faciliter le retour au travail.

 

Tout ceci justifie que les risques psychologiques soient inclus dans les démarches d’évaluation des risques professionnels. Et pas seulement le 20 janvier !

 

Vous pouvez échanger et poser vos questions à William Dab et aux équipes Red-on-line dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux LinkedIn et Twitter : @HSE_Rol et @DabWilliam.

William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

 

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