Entreprises et santé : les robots contre l’Homme ?

Le mythe de la « résistance au changement »

Les entreprises, qu’il s’agisse d’industrie ou de commerce, ont toujours connu des changements, mais ce qui se passe actuellement est sans équivalent dans le passé. Pour des raisons technologiques, géostratégiques, culturelles, sociales, juridiques ou capitalistiques, le rythme et la nature des évolutions sont d’une importance inégalée et cela interroge évidemment la relation entre le travail et la santé.

En milieu industriel, l’automatisation, la numérisation, la robotisation et l’intelligence artificielle redessinent les usines. L’Usine nouvelle dans son n° 3603 y a consacré un intéressant dossier intitulé : « l’homme cherche sa place dans l’usine du futur ».

Opportunités et craintes

La lecture des articles de ce dossier montre que ces évolutions sont porteuses d’opportunités, mais aussi de craintes. Ainsi, parmi les opportunités, on note :

  • des tâches moins pénibles et répétitives, donc un risque plus faible des troubles musculosquelettiques (de loin la première cause de maladie professionnelle)
  • un gain d’autonomie, de compétences et de créativité, les automatismes assurant la réalisation des tâches manuelles routinières
  • la diminution des erreurs
  • un gain de temps
  • une amélioration des ambiances de travail
  • la régression du travail de nuit.

Les risques et les craintes sont aussi nombreux. Sont évoqués :

  • la perte d’emploi en tout premier lieu, mais aussi, l’inversion du rapport homme – machine, le premier se retrouvant au service de la seconde
  • un éloignement de la réalité, le travail devenant essentiellement une activité de contrôle sur écran avec une perte de compétence opérationnelle
  • une charge mentale accrue par le fait d’être connecté et informé en permanence
  • le « flicage » avec un contrôle permanent des comportements.

Stratégies de changement

« Si les soucis humains ne sont pas considérés, intégrer une technologie ne sert à rien, car elle ne sera pas acceptée », déclare un responsable de pôle de compétitivité interviewé par l’Usine nouvelle. L’affirmation est un peu excessive, voire optimiste, mais il est sûr qu’un changement accepté est plus performant qu’un changement qui suscite des réticences et des inquiétudes. Comme le dit un syndicaliste : «  il faut créer les conditions d’acceptation de ces changements, notamment du côté managérial en créant un climat d’écoute, de dialogue et non de défiance », ce qui renvoie au thème de mon précédent billet.

En 2010, le rapport remis au Premier ministre par Henri Lachmann, Christian Larose et Muriel Pénicaud sur le bien-être et l’efficacité au travail comportait comme recommandation : « Anticiper et prendre en compte l’impact humain des changements. » Cette recommandation est restée lettre morte et pourtant à l’heure où la pression de changement s’accentue, elle est essentielle. On entend souvent parler de « résistance au changement » comme si elle était naturelle et inéluctable, ce qui me semble erroné. Ce que j’ai personnellement rencontré que ce soit au ministère de la Santé ou au Cnam, ce n’est pas une résistance systématique, mais une résistance au changement mal préparé. Dans le premier cas le changement a été vécu positivement, tandis que dans le second il a créé de la souffrance.

En réalité, l’arrivée des robots en milieu de travail peut être ou une bonne ou une mauvaise chose. Toute la question est de savoir comment est gérée l’incertitude qu’elle introduit dans les habitudes des équipes et les perspectives d’avenir. Le dossier de l’Usine nouvelle se termine par la question : « Et si l’humain au cœur de l’usine devenait l’intitulé d’une formation pour dirigeants ? » C’est la bonne question. Elle suppose de la part des dirigeants, une volonté et une capacité à se mettre à la place de leurs employés. Une autre manière de prôner la bienveillance.

 

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William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

 

2 commentaires

  1. Schmidt 30 avril 2019
  2. Dab 2 mai 2019

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