Entreprises et Santé : Quels messages pour les managers ?

Il y a dix ans, à la demande des ministres chargés du travail et de l’enseignement supérieur, j’avais rédigé avec de nombreux collègues un rapport qui proposait un référentiel de compétences en santé au travail pour les managers et les ingénieurs. Par rapport à l’histoire racontée dans mon précédent billet, ce travail a aidé à la prise de conscience du rôle crucial que jouent les managers en matière de prévention.

Trois objectifs

À l’époque, le référentiel a été structuré autour de trois objectifs :

  1. Repérer dans l’entreprise les enjeux humains, sociaux, économiques et juridiques de la santé-sécurité au travail.
  2. Intégrer la santé-sécurité au travail dans la gestion de ses activités et la conduite de ses projets.
  3. Contribuer au management de la santé-sécurité au travail dans l’entreprise.

Aujourd’hui, après dix années passées à développer la formation des managers en santé et en sécurité au travail, je pense qu’il faut reprendre la formulation pour la rendre plus concrète.

Vers un nouveau référentiel

Les trois objectifs énoncés ont gardé leur pertinence, mais ils ne disent pas ce que les managers doivent maîtriser concrètement en termes de savoir, de savoir-faire et de savoir-être. Par ailleurs, une remarque qui m’a souvent été faite est que cette manière de présenter ce rôle des managers induit l’idée qu’il s’agit de leur donner une mission supplémentaire. En particulier, cela ressort nettement de la formulation du premier objectif.

Dans un flyer que j’ai récemment publié, j’ai proposé cinq attitudes managériales qui permettent d’atteindre ces objectifs :

  1. Être informé : où en est mon entreprise en santé et en sécurité ?
  2. Être vigilant : le manager doit réagir à son niveau face à une situation porteuse de risque, soit au niveau individuel (signes de souffrance), soit au niveau collectif (apparition d’une source de danger).
  3. Être exemplaire : il y a un mimétisme managérial. Un manager négligent en matière de santé provoque par contagion des comportements indésirables.
  4. Être exigeant : quand on est exemplaire, on peut et on doit exiger de ses collaborateurs qu’ils respectent les règles et ne créent pas de danger ni pour eux ni pour les autres.
  5. Être bienveillant : l’empathie n’exclut pas l’exigence, au contraire.

Un manager qui développe ces attitudes apporte une contribution essentielle à la santé au travail. On le voit, cela n’implique pas de maîtriser des connaissances techniques sur les agents physiques, chimiques, biologiques ou organisationnels qui peuvent porter atteinte à la santé des employés. C’est avant tout une question de savoir-être et secondairement une question de savoir-faire.

En toile de fond, il y a un premier élément à rappeler : fondamentalement, le manager a un rôle protecteur. Il faut l’aider à l’assumer explicitement. Tous ceux qui s’adressent aux managers en voulant leur donner des leçons ou en les culpabilisant font une erreur pédagogique. Tous les managers ne sont pas des stresseurs ou des harceleurs ! Le point clé est au contraire de valoriser cette protection qui est produite spontanément (je n’ignore pas qu’il y a des managers dont la personnalité est perverse et pathologique et qui, par conséquent, sont toxiques, mais c’est évidemment une petite minorité). Et puis, n’oublions pas qu’il faut inciter les managers à protéger leur propre santé. Cela fait partie de l’exemplarité.

Appel à collaboration

Je pense que le temps est venu de reprendre ce référentiel de compétences. Ceci demande un travail d’expertise collective. Nous ne sommes pas obligé d’attendre une commande ministérielle pour se mettre au travail. J’invite tous ceux qui sont motivés par ce sujet à m’écrire à william.dab@lecnam.net ou à réagir sur LinkedIn.

 

Vous pouvez échanger et poser vos questions à William Dab et aux équipes Red-On-Line dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux LinkedIn et Twitter : @HSE_Rol et @DabWilliam.

 

William Dab
Professeur titulaire de la chaire d’Hygiène et Sécurité du Cnam où il forme des spécialistes des risques sanitaires du travail et de l’environnement, notamment par une filière d’ingénieur en gestion des risques, William Dab est médecin et docteur en épidémiologie. Sa carrière a été entièrement consacrée à la sécurité sanitaire qu’il s’agisse d’outils d’évaluation, de surveillance et de gestion des risques. Ancien directeur général de la santé, il a été membre du comité exécutif de l’OMS et président du comité européen environnement et santé pour la région Europe de l’OMS. Il a notamment publié « Santé et environnement » dans la collection Que sais-je ? (PUF) et « La Santé et le Travail » chez Arnaud Franel.

 

 

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  1. BOULITEAU 11 avril 2019

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